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Référé liberté remontées mécaniques

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Table des matières
Référé-liberté contre la fermeture administrative des remontées mécaniques en station

En bref

La fermeture administrative des remontées mécaniques soulève une double question. Sur le terrain des libertés, elle relève du contrôle de proportionnalité issu de la jurisprudence Benjamin : une mesure de police n’est légale que si elle est adaptée, nécessaire et proportionnée au trouble à prévenir, ce qui suppose qu’aucune mesure moins restrictive n’aurait suffi. Sur le terrain contractuel, le service des remontées mécaniques constitue un service public industriel et commercial : son interruption ouvre un second front avec l’autorité délégante, sur l’équilibre financier du contrat et l’imprévision. Le contexte sanitaire de 2020 relevait d’un régime d’exception aujourd’hui abrogé, mais la méthode demeure.

Quand une décision administrative arrête les remontées mécaniques, ce n’est pas une station qui ferme, c’est une économie qui s’arrête. Le réflexe est de saisir le juge des référés au nom de la liberté d’entreprendre. C’est légitime, mais c’est incomplet : la nature juridique de ce service ouvre une seconde voie que la plupart des exploitants ignorent.

Le contrôle de proportionnalité, de Benjamin à aujourd’hui

Toute mesure de police restreignant une liberté est soumise à un contrôle du juge administratif, issu d’une décision de 1933 restée fondatrice.

La jurisprudence Benjamin

Par sa décision du 19 mai 1933, Benjamin, le Conseil d’État a posé que l’autorité de police ne peut porter atteinte à une liberté que dans la mesure strictement nécessaire au maintien de l’ordre public. Le juge ne se contente pas de vérifier l’existence d’un motif : il contrôle l’adéquation entre la mesure et le trouble à prévenir.

Les trois tests

TestQuestion posée au jugeCe qui fait tomber la mesure
AdaptationLa mesure répond-elle au trouble invoqué ?Absence de lien entre l’activité visée et le risque
NécessitéUne mesure moins restrictive aurait-elle suffi ?Existence d’une alternative crédible et proposée
ProportionnalitéL’atteinte est-elle mesurée au regard de l’objectif ?Interdiction générale et absolue là où une modulation était possible

C’est le deuxième test qui fait le plus souvent la décision. Une administration qui interdit sans avoir envisagé de solution intermédiaire s’expose, à condition que cette solution lui ait été proposée et documentée.

Ce qui rend les remontées mécaniques différentes

Voici le point qui distingue ce contentieux de celui de n’importe quel commerce fermé par arrêté.

Un service public industriel et commercial

Le service des remontées mécaniques constitue, dans la plupart des stations, un service public industriel et commercial. Il est exploité soit en régie par la collectivité, soit par une entreprise ayant conclu une convention de délégation à durée déterminée avec l’autorité compétente.

Cette qualification a une conséquence directe : l’exploitant n’est pas un simple commerçant privé exerçant une liberté. Il est le délégataire d’un service public, lié par un contrat à une collectivité, et soumis au principe de continuité du service.

Le second front, presque toujours ignoré Quand une décision administrative interrompt l’exploitation, le délégataire ne dispose pas seulement de l’action en référé contre l’auteur de la mesure. Il dispose aussi, face à l’autorité délégante, des mécanismes du droit des contrats publics : l’imprévision, la force majeure, et le rééquilibrage financier du contrat. Ces deux voies se mènent en parallèle, devant des interlocuteurs différents, et la seconde est souvent la plus rentable.

Les conséquences sur le contrat de délégation

Lorsque survient un événement extérieur aux parties, imprévisible, et qui bouleverse temporairement l’équilibre du contrat, le cocontractant qui en poursuit l’exécution a droit à une indemnité. C’est la théorie de l’imprévision, dégagée par le Conseil d’État en 1916 et aujourd’hui inscrite dans le code de la commande publique.

Une fermeture administrative prolongée, décidée par une autorité tierce et extérieure au contrat, entre potentiellement dans ce cadre. La discussion porte alors sur la durée, sur le caractère temporaire ou définitif du bouleversement, et sur le partage de la charge financière entre le délégataire et l’autorité délégante. Ces questions relèvent du droit des services publics et non des libertés fondamentales.

Analyse juridique d'une fermeture de remontées mécaniques et de ses conséquences contractuelles

L’argument central : la mesure moins restrictive

Sur le terrain des libertés, l’argument le plus efficace face à une fermeture est presque toujours le même : un protocole strict aurait suffi.

Il ne s’agit pas d’une posture. Sa force tient à ce qu’il déplace la charge de la discussion. L’administration doit alors expliquer pourquoi l’alternative proposée était insuffisante, ce qui l’oblige à produire des éléments objectifs. Face à une interdiction générale, quatre appuis se combinent.

  • Le protocole déjà en place, avec les investissements engagés pour le mettre en œuvre. Cela démontre que l’exploitant n’a pas attendu la contrainte.
  • L’absence de données objectives produites par l’administration établissant le lien entre l’activité visée et le risque allégué.
  • Le caractère indifférencié de la mesure, appliquée uniformément à des situations dissemblables, sans modulation dans le temps ni dans l’espace.
  • L’alternative concrète et chiffrée : jauge, réservation, cadencement, distanciation. Proposée, elle doit être écartée par une motivation. Non proposée, elle ne sera jamais examinée.

Cette grille est celle qui a été développée, sans succès, dans le dossier des salles de sport de l’agglomération grenobloise, dont nous publions l’analyse détaillée dans notre article sur le référé-liberté et la fermeture des salles de sport. Elle reste transposable à toute mesure de police restreignant une activité économique.

Un régime d’exception aujourd’hui abrogé

Les fermetures de remontées mécaniques de l’hiver 2020-2021 reposaient sur le cadre de l’état d’urgence sanitaire. Ces régimes d’exception ont pris fin le 31 juillet 2022 et ne sont plus applicables.

Ce qui subsiste est la grille de raisonnement. Une fermeture administrative fondée sur un motif d’ordre public, quel qu’il soit, s’analyse toujours selon Benjamin. Et un service public délégué interrompu par une décision extérieure pose toujours la question de l’équilibre financier du contrat. Le contexte change, la méthode reste.

Le référé-liberté en pratique

Le référé-liberté permet de saisir le juge administratif en urgence, qui statue en quarante-huit heures et peut ordonner toutes mesures nécessaires. Il exige une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, ce dernier adverbe constituant un seuil élevé. La liberté d’entreprendre, la liberté du commerce et de l’industrie et la liberté d’exercer une activité professionnelle en font partie.

L’ordonnance rendue est susceptible d’appel devant le Conseil d’État dans un délai de quinze jours. Lorsque l’illégalité n’est pas flagrante mais sérieusement discutable, le référé-suspension offre une alternative aux conditions moins exigeantes, comme nous le détaillons à propos de la suspension d’un arrêté municipal.

Le Cabinet PY Conseil intervient en défense des libertés fondamentales et en droit public aux barreaux de Grenoble et Marseille : contestation des mesures de police en référé, et défense des délégataires de service public sur le terrain contractuel.

Une décision administrative arrête votre exploitation ?

Deux fronts s’ouvrent en parallèle : le référé contre la mesure, et le contrat face à l’autorité délégante. Faites qualifier votre situation avant de choisir.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que la jurisprudence Benjamin ?

C’est la décision du Conseil d’État du 19 mai 1933 qui pose que l’autorité de police ne peut porter atteinte à une liberté que dans la mesure strictement nécessaire au maintien de l’ordre public. Le juge contrôle l’adaptation, la nécessité et la proportionnalité de la mesure au trouble qu’elle prétend prévenir.

Les remontées mécaniques sont-elles un service public ?

Dans la plupart des stations, oui : le service des remontées mécaniques constitue un service public industriel et commercial, exploité en régie par la collectivité ou par une entreprise liée par une convention de délégation. Cette qualification ouvre à l’exploitant des recours contractuels distincts du référé.

Un délégataire peut-il être indemnisé d’une fermeture administrative ?

C’est la question de l’imprévision. Lorsqu’un événement extérieur aux parties, imprévisible, bouleverse temporairement l’équilibre du contrat, le cocontractant qui en poursuit l’exécution a droit à une indemnité. La discussion porte sur la durée, le caractère du bouleversement et le partage de la charge financière.

Quel est l’argument le plus efficace contre une fermeture ?

L’existence d’une mesure moins restrictive qui aurait suffi. Cet argument oblige l’administration à justifier pourquoi l’alternative était insuffisante, ce qui l’oblige à produire des éléments objectifs. Il suppose que l’alternative ait été proposée et chiffrée : jauge, réservation, cadencement, distanciation.

Quelle différence entre référé-liberté et référé-suspension ?

Le référé-liberté exige une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, mais se juge en 48 heures sans recours au fond obligatoire. Le référé-suspension se contente d’un doute sérieux sur la légalité, au prix d’un recours en annulation parallèle et d’un délai plus long.

Le régime sanitaire de 2020 est-il toujours applicable ?

Non. Les régimes d’exception créés pour lutter contre l’épidémie de covid-19 ont pris fin le 31 juillet 2022. Le raisonnement du juge sur la proportionnalité des mesures de police reste en revanche inchangé et s’applique à toute décision restreignant une activité économique.

Maître Aurélien PY

Avocat en droit public, droit administratif et libertés fondamentales, barreaux de Grenoble et Marseille

Maître Aurélien PY a été interrogé par France Bleu Isère sur les enjeux du référé-liberté formé contre la fermeture des remontées mécaniques. Le Cabinet PY Conseil défend les exploitants et les délégataires de service public face aux décisions administratives restreignant leur activité, à Grenoble, Marseille et partout en France.

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